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Avignon est l'une des dernières grandes villes de France à être encore entièrement enfermée dans sa muraille. Les remparts déroulent environ 4,3 km de pierre autour du centre historique, ininterrompus, avec leurs tours et leurs portes. Bâtis à partir de 1355 sous le pape Innocent VI, ils comptent parmi les remparts médiévaux les mieux conservés d'Europe. Et, détail rare pour un monument de cette envergure, en faire le tour ne coûte rien.
Pourquoi les papes ont muré la ville
Quand la papauté s'installe à Avignon en 1309, la ville n'est protégée que par une petite enceinte du XIIIᵉ siècle, vite dépassée par la croissance de la cité pontificale. Le vrai danger ne vient pas d'une armée régulière, mais des Grandes Compagnies, des bandes de mercenaires (les « routiers ») démobilisés pendant la guerre de Cent Ans, qui écument la vallée du Rhône, pillent les campagnes et rançonnent les villes. En 1357, l'une de ces troupes menace directement Avignon et sa fortune. Le pape Innocent VI décide alors d'entourer toute la ville d'une muraille neuve, à la mesure de la capitale de la chrétienté qu'elle est devenue avec son Palais des Papes.
Le chantier démarre vers 1355 et se poursuit jusque vers 1370, financé par la richesse considérable de la cour pontificale. On bâtit une enceinte de pierres de taille soigneusement appareillées, haute d'environ huit mètres, doublée à l'extérieur d'un large fossé rempli d'eau. Pour comprendre comment cette muraille a façonné la ville close que l'on parcourt aujourd'hui, notre page sur l'histoire d'Avignon replace tout cela dans le grand récit de la cité des papes.
Une muraille contre le Rhône aussi
On l'oublie souvent, les remparts d'Avignon n'ont pas seulement arrêté les hommes, ils ont aussi contenu l'eau. La ville est bâtie au bord d'un Rhône capricieux, sujet à des crues brutales. La muraille, épaisse et continue, forme une digue naturelle. Aux portes, des rainures permettaient de glisser des batardeaux, ces panneaux de bois qui fermaient les passages en cas de montée des eaux, tandis que des vannes bloquaient les canaux.
Le système a montré ses limites lors de la grande crue de 1856, qui a rompu la muraille sur une trentaine de mètres entre la porte Saint-Dominique et la porte Saint-Roch, inondant la ville. C'est cet épisode qui a lancé la restauration du XIXᵉ siècle. Des contre-murs ont alors été ajoutés côté ville pour épauler l'ouvrage, un renfort qui a de nouveau prouvé son utilité lors de la crue historique de 2003.
Tours, mâchicoulis et chemin de ronde
Le rempart n'a rien d'un simple mur, c'est un ouvrage militaire complet. Il est flanqué d'une trentaine de grosses tours quadrangulaires et de dizaines de tourelles de guet (les échauguettes), qui permettaient de balayer le pied de la muraille. Particularité repérable à l'œil, la plupart des tours sont ouvertes du côté de la ville. En cas de prise d'une tour par l'ennemi, celui-ci ne pouvait pas s'y retrancher, faute de mur à l'arrière.
Au sommet couraient le chemin de ronde et les créneaux, protégés par endroits de mâchicoulis, ces avancées de pierre percées d'ouvertures pour lâcher projectiles et liquides sur les assaillants. Côté Rhône, trois tours semi-circulaires renforçaient la défense là où l'eau ne suffisait pas. L'ensemble reste, aujourd'hui encore, d'une lisibilité rare, on lit le plan d'une place forte du XIVᵉ siècle presque sans effort.
La restauration très discutée de Viollet-le-Duc
Les remparts que l'on admire ne sont pas tout à fait ceux du Moyen Âge. Après la crue de 1856, l'État confie leur relèvement au célèbre architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui intervient entre 1860 et 1869. Il consolide les maçonneries, reprend les créneaux, redonne à la muraille son allure fière. Mais, fidèle à sa manière, il restitue un état « idéal » plutôt qu'il ne conserve strictement l'existant, ce que les spécialistes du patrimoine lui reprochent encore.
Le fossé disparu
Le grand perdant de ces travaux, c'est le fossé. Les anciennes douves qui doublaient la muraille ont été comblées au XIXᵉ siècle pour aménager les boulevards de ceinture et, plus tard, des parkings. C'est pourquoi le rempart semble aujourd'hui sortir directement du bitume, alors qu'il se dressait à l'origine derrière un large fossé en eau. Un manque qui change complètement la silhouette défensive d'origine.
Peut-on monter sur les remparts ?
C'est la question que tout le monde pose, souvent en pensant à Carcassonne. La réponse est non, le chemin de ronde des remparts d'Avignon n'est pas ouvert à la promenade sur la quasi-totalité de son tracé. On découvre la muraille par le bas, en la longeant depuis les boulevards, ce qui reste très spectaculaire. Seule exception, une courte portion en hauteur se parcourt côté Rhône, entre l'entrée du pont Saint-Bénézet, le Châtelet et le jardin du Rocher des Doms, c'est là et là seulement, que l'on marche vraiment sur l'ouvrage, avec la plus belle vue sur le fleuve en prime.
Les portes d'Avignon, une par une
Impossible d'entrer dans la vieille ville sans franchir une porte. Les guides parlent volontiers de « sept portes principales », mais on compte aujourd'hui une quinzaine d'ouvertures percées au fil des siècles pour laisser passer la circulation. Voici les grandes portes, avec ce que chacune dessert et le stationnement le plus commode à proximité. La carte ci-dessous les situe toutes autour de la muraille.
Les portes des remparts d'Avignon, positionnées sur la muraille. Cliquez un point pour le nom et ce qu'il dessert. Coordonnées OpenStreetMap.
| Porte | Côté | Ce qu'elle dessert | Stationnement proche |
|---|---|---|---|
| Porte de la République | Sud | Porte d'honneur face à la gare Centre, entrée de la rue de la République et de l'office de tourisme | Parking Gare Centre |
| Porte Saint-Charles | Sud | Accès direct depuis la gare et l'avenue Monclar | Parking Gare Centre |
| Porte Saint-Roch | Ouest | Arrivée côté gare routière et cours Jean-Jaurès | Parking Saint-Roch |
| Porte de l'Oulle | Ouest | Quais du Rhône, embarcadère de la navette pour la Barthelasse | Parking de l'Oulle |
| Porte du Rhône | Nord-ouest | Pied du pont Saint-Bénézet et du Rocher des Doms | Parking de l'Oulle |
| Porte Saint-Joseph | Nord | Quartier de la Carreterie, entrée nord de la vieille ville | Stationnement de voirie sur les boulevards |
| Porte Saint-Lazare | Nord-est | Route de Lyon et faubourgs est | Parking des Italiens (navette) |
| Porte Thiers | Est | Secteur de l'université et de la Carreterie | Parking des Italiens (navette) |
| Porte Limbert | Est | Avenue Saint-Ruf et sortie est | Stationnement de voirie sur les boulevards |
| Porte Magnanen | Sud-est | Quartier des Teinturiers et des Corps Saints | Parking de voirie, boulevard Limbert |
| Porte Saint-Michel | Sud-est | Rue des Teinturiers et cours des platanes | Parking Gare Centre |
Noms de parkings donnés à titre indicatif. Pour les tarifs et disponibilités du jour, voyez notre page parking à Avignon.
Faire le tour complet à pied ou à vélo
Le tour des remparts est l'une des plus belles balades gratuites d'Avignon, et le meilleur moyen de saisir la forme de la ville close. Le tracé fait le tour complet de la muraille, à plat, sur environ 4,3 km. À pied, comptez 1h15 à 1h30 à un rythme tranquille ; à vélo, 30 à 40 minutes en suivant les boulevards de ceinture et les bandes cyclables.
Nos conseils pour la boucle
Partez de la porte de l'Oulle ou de la porte du Rhône, côté fleuve, c'est le plus beau départ, et vous gardez le meilleur, la vue sur le pont et le Rocher, pour la fin. Tournez dans le sens des aiguilles d'une montre pour longer d'abord le Rhône, plus frais. Surtout, évitez le plein après-midi en été, une bonne partie du parcours, côté est et sud, manque d'ombre. Le matin tôt ou la fin d'après-midi sont idéaux. Prévoyez de l'eau, et prolongez par une pause dans le quartier des Teinturiers, le long du canal, une fois la porte Saint-Michel franchie.
Les plus beaux points de vue et le meilleur moment photo
Les remparts n'offrent pas leur meilleur profil partout de la même façon. Voici où viser pour la photo :
- Depuis le Rocher des Doms et l'escalier Sainte-Anne, vue plongeante sur la muraille, le Châtelet et le pont, la carte postale absolue ;
- Depuis l'autre rive, sur l'île de la Barthelasse, la seule où l'on saisit toute l'enceinte au bord du Rhône, magnifique au coucher du soleil ;
- Au pied de la porte de la République, en arrivant de la gare, la muraille cadre parfaitement l'entrée dans la vieille ville ;
- Le long des tours côté est, en fin de journée, quand la lumière rasante fait ressortir l'appareillage des pierres.
Le meilleur moment photo reste la golden hour, tôt le matin ou juste avant le coucher du soleil, quand la pierre blonde vire à l'or. À l'inverse, en plein midi d'été, la muraille est écrasée par la lumière et perd son relief.
Un rempart classé au patrimoine mondial
Depuis 1995, les remparts font partie du « Centre historique d'Avignon » inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, aux côtés du Palais des Papes, de l'ensemble épiscopal et du pont Saint-Bénézet. C'est ce qui protège aujourd'hui la continuité de la muraille et interdit qu'on la perce ou qu'on la démolisse pour la circulation, comme cela a failli arriver au XXᵉ siècle. Pour intégrer cette boucle à une visite plus large, jetez un œil à notre guide que voir et que faire à Avignon, et à la place de l'Horloge, la grande place centrale bordée par l'hôtel de ville et l'opéra.
Questions fréquentes
Quelle est la longueur des remparts d'Avignon ?
L'enceinte fait environ 4,3 km, soit près de 4 330 mètres de muraille qui ceinture entièrement le centre historique. C'est l'un des remparts médiévaux les mieux conservés d'Europe, resté quasiment complet sur tout son tracé.
Peut-on monter sur les remparts d'Avignon comme à Carcassonne ?
Non. Contrairement à Carcassonne, le chemin de ronde des remparts d'Avignon n'est pas ouvert à la promenade. On les longe par les boulevards, au pied de la muraille. Seule une courte portion, entre le pont Saint-Bénézet et le Rocher des Doms, se parcourt en hauteur.
Les remparts d'Avignon sont-ils gratuits ?
Oui, totalement. Faire le tour de la muraille à pied ou à vélo est libre et gratuit, à toute heure. Seule la visite du pont Saint-Bénézet, qui prolonge l'enceinte au bord du Rhône, est payante.
Combien de portes compte l'enceinte d'Avignon ?
Les guides évoquent souvent sept grandes portes historiques, mais on franchit aujourd'hui la muraille par une quinzaine d'ouvertures, dont la porte de la République, la porte de l'Oulle, la porte Saint-Roch, la porte Saint-Michel ou la porte Limbert.
Qui a construit les remparts d'Avignon et quand ?
Ils ont été élevés à partir de 1355 sous le pape Innocent VI, et achevés pour l'essentiel vers 1370. La papauté voulait protéger la ville des Grandes Compagnies, ces bandes de mercenaires qui ravageaient la Provence pendant la guerre de Cent Ans.
Combien de temps faut-il pour faire le tour des remparts ?
Comptez environ 1h15 à 1h30 à pied pour boucler les 4,3 km à un rythme tranquille, et 30 à 40 minutes à vélo. Le tracé est plat, mais l'ombre manque par endroits, préférez le matin ou la fin de journée en été.