Mis à jour le
À deux pas de la place de l'Horloge et de la foule de la rue de la République, le Palais du Roure se cache derrière un porche discret. On y entre gratuitement dans une cour Renaissance couverte d'un platane, on visite un hôtel particulier du XVe siècle devenu le foyer de la culture provençale, et l'on ressort en se demandant pourquoi il est si souvent vide. Musée et centre de documentation de la Ville d'Avignon, il se visite librement du mardi au dimanche.
Un palais que l'on ne voit pas de la rue
Beaucoup d'Avignonnais passent devant sans le savoir. Le Palais du Roure ne montre à la rue qu'une façade sobre et un porche voûté, au numéro 3 de la rue du Collège du Roure, dans une ruelle en léger retrait des grands axes touristiques. On franchit ce porche, et l'on bascule d'un coup dans une cour intérieure fraîche, pavée, dominée par un grand platane et bordée d'escaliers, de galeries et de fenêtres à meneaux. En plein été, quand le centre écrase de chaleur, cette cour ombragée est l'un des refuges les plus agréables de la ville. C'est exactement le genre d'adresse à connaître pour une pause au calme ou pour occuper un jour de pluie à l'abri.
Des marchands florentins à la livrée cardinalice
L'histoire commence en 1469. Pierre Baroncelli, banquier issu d'une famille de marchands florentins installés à Avignon, achète une auberge dite « la taverne de l'Amourié » à l'occasion de son mariage, puis agrandit peu à peu la propriété en rachetant les maisons voisines. La famille Baroncelli-Javon s'élève dans la société avignonnaise, se lie même à la parenté du futur pape Jules II, et occupe les lieux pendant plus de quatre siècles, jusqu'en 1908. Le bâtiment gothique du XVe siècle est remanié au XVIIe siècle en hôtel particulier, avec cette élégante cour à l'italienne qui fait aujourd'hui son charme. Ce passé rejoint la grande histoire d'Avignon et celle du Comtat Venaissin, ce territoire pontifical dont la ville fut longtemps la capitale.
Pourquoi « Roure » ?
Le mot roure signifie chêne en provençal. C'est le poète Frédéric Mistral, prix Nobel de littérature en 1904, qui a baptisé l'hôtel Baroncelli-Javon « palais du Roure » à la fin du XIXe siècle. L'arbre, symbole de force et de racines, disait bien ce qu'il voulait faire de ce lieu, un port d'attache pour la langue et la culture de Provence.
Mistral, le Félibrige et la revue Aiòli
C'est là que le Palais du Roure prend une place unique dans le patrimoine régional. En 1891, le baron de Baroncelli-Javon et son fils Folco se rapprochent de l'œuvre de Frédéric Mistral et font de leur demeure un foyer du Félibrige, ce mouvement littéraire fondé en 1854 pour sauver et faire rayonner la langue provençale. On installe dans le palais la presse d'imprimerie d'où sortent le journal en langue d'oc l'Aiòli et des rééditions de Mirèio (Mireille), le grand poème de Mistral. Pendant quelques années, cette maison discrète bat au rythme des félibres, poètes et défenseurs d'une identité méridionale menacée par la centralisation. Folco de Baroncelli, lui, partira plus loin, vers la Camargue, dont il deviendra une figure de la culture gardiane.
Comment Jeanne de Flandreysy a sauvé le palais
Après la vente de 1908, le bâtiment se dégrade et manque de disparaître. Il doit son salut à une femme de caractère, Jeanne de Flandreysy, journaliste littéraire passée par Le Figaro, qui l'acquiert en 1918. Elle le restaure pierre à pierre, le remeuble, y accumule livres, manuscrits, objets et souvenirs, et en refait un lieu vivant où passent écrivains, poètes et musiciens. Elle y rassemble notamment une importante bibliothèque et une étonnante collection de cloches. Elle en fait don à la Ville d'Avignon, via la fondation Flandreysy-Espérandieu, en 1944, et meurt en 1959. Classé monument historique depuis 1941, le Palais du Roure est aujourd'hui un musée municipal et un centre de documentation, ouvert gratuitement au public.
Ce que l'on visite
Le Palais du Roure tient à la fois du musée d'arts et traditions populaires et du centre de recherche. On y circule entre plusieurs niveaux, escaliers et salles, plus qu'on ne parcourt une grande enfilade de galeries. Voici les principaux points de la visite :
| Espace | Ce que l'on y découvre |
|---|---|
| La cour et le platane | Cœur Renaissance du palais, pavée et ombragée, l'un des coins les plus frais du centre en été. |
| Le jardin | Petit espace planté, prolongement calme de la cour, à l'écart du bruit de la ville. |
| La salle de l'imprimerie | La presse du Félibrige, d'où sortaient la revue l'Aiòli et des éditions de Mistral. |
| La bibliothèque | Fonds provençal, ethnologique et archéologique, ouvert aux chercheurs et aux curieux. |
| Collections mistraliennes | Souvenirs, portraits et documents liés à Frédéric Mistral et au mouvement félibréen. |
| Photographies et ex-libris | Fonds anciens de photographies de Provence et remarquable collection d'ex-libris. |
| Ethnographie et cloches | Objets de la vie provençale et la collection de cloches réunie par Jeanne de Flandreysy. |
Nos conseils de visite
Venez plutôt en début de matinée ou en fin d'après-midi, quand la cour est la plus tranquille. Prenez le temps de vous asseoir sous le platane avant de monter voir les collections, c'est une pause que peu de visiteurs s'accordent. Si vous êtes passionné de langue d'oc, d'histoire locale ou de généalogie provençale, sachez que le centre de documentation se consulte sur rendez-vous. Et comme l'entrée est gratuite, c'est une visite idéale à glisser entre deux grands monuments payants, ou par mauvais temps.
Horaires, tarif et accès en 2026
Le Palais du Roure est ouvert du mardi au dimanche en haute saison, avec des horaires resserrés l'hiver. L'entrée est gratuite pour la visite des collections permanentes. Les groupes de 10 à 19 personnes doivent réserver à l'avance.
Où se trouve le Palais du Roure ?
Le palais est en plein centre historique, dans une rue perpendiculaire à la rue de la République, entre la place de l'Horloge et le quartier des Halles. Depuis l'entrée de la ville, il suffit de remonter la rue de la République sur quelques centaines de mètres et de tourner à droite. La carte ci-dessous le situe par rapport à ces repères. Pour tout resituer d'un coup d'œil, la carte interactive d'Avignon réunit les principaux sites du centre.
Palais du Roure, 3 rue du Collège du Roure, 84000 Avignon, entre la place de l'Horloge, rue de la République, Les Halles. Carte OpenStreetMap.
Pourquoi y aller si on a déjà vu les grands monuments ?
Parce que le Palais du Roure offre exactement ce que les sites bondés ne donnent pas, le silence, la fraîcheur et le temps. Après la cohue du Palais des Papes ou du Pont, on y retrouve une Avignon plus intime, celle de la langue provençale et des érudits qui l'ont défendue. C'est une adresse parfaite pour une visite insolite, pour prolonger une balade dans les jardins et coins verts de la ville, ou simplement pour dire que l'on a poussé une porte devant laquelle des milliers de touristes passent sans s'arrêter. Un petit détour qui complète idéalement un programme de visite d'Avignon.
Questions fréquentes
Le Palais du Roure est-il gratuit ?
Oui. C'est un musée municipal d'Avignon dont l'entrée et la visite des collections permanentes sont gratuites pour tous, sans billet à acheter. Seuls les groupes de 10 à 19 personnes doivent réserver à l'avance. Conditions relevées pour 2026, à confirmer sur avignon.fr.
Quels sont les horaires du Palais du Roure ?
Du 1er avril au 31 octobre, il ouvre du mardi au dimanche de 10h à 18h. En basse saison, du mardi au vendredi de 13h à 18h et le week-end de 10h à 18h. Il est fermé le lundi et certains jours fériés (1er janvier, 1er mai, 25 décembre notamment). Vérifiez avant de vous déplacer.
Que voit-on à l'intérieur ?
Une cour Renaissance et son platane, un jardin, l'ancienne imprimerie du Félibrige, une bibliothèque et un fonds de documentation provençale, des collections d'ethnographie, de photographies anciennes, d'ex-libris, une collection de cloches et des souvenirs de Frédéric Mistral. C'est autant un musée qu'un centre de recherche.
La visite est-elle libre ou faut-il un guide ?
La visite des collections permanentes se fait librement, à votre rythme. Le palais propose aussi des visites guidées et accueille des expositions temporaires au fil de l'année. Le centre de documentation, lui, se consulte sur rendez-vous auprès de l'accueil.
Que veut dire le nom « Roure » ?
Roure signifie chêne en provençal. C'est Frédéric Mistral qui a donné ce nom à l'hôtel Baroncelli-Javon à la fin du XIXe siècle, en clin d'œil à cet arbre symbole de la culture méridionale qu'il défendait avec le Félibrige.
Le palais est-il accessible aux personnes à mobilité réduite ?
C'est un hôtel particulier du XVe siècle réparti sur plusieurs niveaux, avec des escaliers, ce qui limite l'accessibilité aux fauteuils roulants. La cour reste toutefois de plain-pied. Contactez l'accueil au préalable pour connaître les espaces visitables et préparer votre venue.